Lettre à mon amour

Mon cœur,

Aimer c’est souffrir. J’en suis certaine. Comment  expliquer sinon cette douleur qui me transperce quand je pense à toi, quand je te vois, ne te vois pas…

Comment expliquer que mon cœur se déchire et brûle, fragilisé par cet afflux trop brutal de sentiments. Je n’avais jamais ressenti ça. Cette douleur, ce bonheur. C’est comme être constamment au bord de la rupture, au bord des larmes. Ne plus rien contrôler. Je t’aime comme je respire mais mes poumons ne sont plus miens. Mon souffle est douloureux. Je ne sais pas verbaliser, je n’ai jamais su. Je sais ce que je ressens, mais comment l’expliquer.

Je vis dans la crainte de te perdre. Je voudrais être parfaite, unique.

Je ne supporte pas l’image de celle qui a partagé ta vie avant moi. Cette image qui se forme malgré moi devant mes yeux, qui tourne autour de moi tel un vautour guettant l’agonie de son futur repas.

Je la hais. J’ai peur.

Pourtant, tu es là, et je t’aime. Je t’aime tellement. Et j’en pleure.

Hier tu m’as aimée, comme toujours, comme tous les jours depuis qu’il y a un nous.

Et moi je t’aime, je t’aime tellement. Je passerai mes journées dans tes bras à ne rien faire. Te regarder dans les yeux, toujours. Sentir ta peau sous mes doigts, sur mon corps. Respirer ton odeur.

Je m’enivre de toi. J’absorbe ta chaleur. J’essaie de sonder ton âme en me plongeant dans ton regard. En vain.

Si seulement.

Ce sentiment d’être à la fois remplie de certitudes et submergée par les doutes. Cette peur permanente de te perdre, te voir t’envoler loin de moi.

Au risque de me répéter… Je t’aime, plus que tout.

Fantômette

Chaque mois, un nouveau sujet est proposé aux blogueurs intéressés. Ce mois-ci le thème était celui de la lettre.

Si toi aussi tu souhaites nous rejoindre au sein de cet atelier tu peux contacter Fabienne et Célie par mail : latelierdesjoliesplumes@gmail.com.

Sites de rencontre…Deception Point

Dans une phase de profond ennui (mais également d’intense célibat) j’ai décidé de partir à la découverte des animaux peuplant les recoins d’un célèbre site de rencontres. Il parait qu’ici les femmes sont reines. Si j’ai décidé de parler d’animaux et non d’hommes c’est que bon nombre de ceux qui fréquentent ce site présentent plus de points communs avec le vautour, le porc et ou le chacal que ce que je pourrais qualifier d’être humain. Ici passée l’excitation des trois premières minutes on vogue de déceptions en déceptions. Des plus prévisibles à d’autres plus surprenantes.

il est interdit d'aimer

Le principe du site est le suivant : après avoir rempli son profil qui consiste essentiellement en une photo, un pseudonyme et une brève description de soi et de ses attentes on est prêt à rencontrer le prince charmant (ou plutôt à pécho un gros boulet).

Nos amis les crapaux (qui le resteront étant donné notre détermination à ne jamais au grand jamais déposer nos lèvres sur leurs pustules baveuses) peuvent à la lecture de notre description de parfaite princesse (ou plus probablement après avoir examiné de très près, de manière presque gynécologique, la courbure de nos fesses et la profondeur de notre bonnet de soutien-gorge) peuvent entrer en contact avec nous les princesses.

Ici c’est un peu comme au supermarché, mais un supermarché où 90% des produits sont périmés… On comprend mieux pourquoi l’inscription est gratuite… Qui voudrait d’un morceau de viande avarié ?

Voici donc quelques morceaux choisis de conversations avec nos amis les bêtes… (Les fautes d’orthographes ont été préservées afin de lutter contre leur extinction).

  • Celui qui ne fait aucun effort d’originalité :

Certainement lassé de passer ses journées à aborder virtuellement de jeunes damoiselles, ce specimen ne fera pas l’effort de construire une ou deux phrases correctes pour vous convaincre d’entamer une conversation avec lui. Il entame donc cette dernière par un bonjour tonitruant (oui oui même en le lisant j’en avais mal aux oreilles…) en espérant peut être que notre désespoir nous fasse oublier ce manque manifeste d’intérêt de sa part…

« Bonjouuuuuuuuuuuuuuuuurrr !!! J J »

Qui ne tente rien n’a rien dirons nous (et bon nombre d’hommes sur ce site semblent vouloir appliquer ce célèbre adage…) mais malheureusement mon égo certainement surdimensionné me pousse à croire que je mérite un peu plus qu’un malheureux bonjour pour daigner poser mes doigts sur un clavier…

  • Le mec honnête :

Parmi la foule de pervers et autres psychopathes qui hantent ces lieux on trouve bon nombre de jeunes gens en ruts, incapables de combler leurs besoins dans la vie réelle et confondant ce site avec un repère d’escorts-girls.

 

« Je dois te dire que si tu attend le prince ou du sérieux… Je ne suis pas vraiment la pour l’amour… »

Mais alors que peux-tu bien chercher se demande la petite ingénue bien cachée en moi…

  • Le mec respectueux (peut être trop) :

«  bonjour, presque bonsoir^^,

Pour commencer je me présente, je me prénomme Benoît. Je suis enchanté de faire ta connaissance. Et maintenant j’aimerais en savoir un peu sur toi (si cela ne te dérange pas), du genre que fais tu de beau dans la vie ? qu’elle genre de garçon tu recherche ? tes hobbies ?

Au plaisir de pouvoir te lire prochainement. »

Le mec ne s’appelle pas il se « prénomme ». Il est respectueux, peut être trop. Il a tellement peur que son interlocutrice s’envole qu’il ramperait presque si ça l’assurait de capter son attention. Il a peur que son intrusion ne « dérange ».

Alors qu’il ne connait rien d’autre de moi que ma photo de profil, il sait d’ores et déjà que me lire sera-t-un plaisir…

Suis-je la seule à trouver que cela sonne faux ? On se croirait dans un mauvais film romantique…

  • Celui qui cherche à évincer la concurrence :

Celui-ci n’ayant visiblement pas l’esprit de compétition essaie de me convaincre de n’étudier que sa seule candidature :

« Tu ne garde que la mienne, et pourquoi ne pas croire que la première est peut être que la meilleure !? 😉 »

Celui là est prêt à tout pour sortir du lot de pseudos prétendants qui se bousculent sur mon écran d’ordinateur.

Il a l’honnêteté d’avouer dès son premier message que la raison de sa prise de contact est exclusivement liée à ma photo de profil et l’honnêteté dans la vie c’est très très important (dixit mon papa et ma maman qui m’ont hyper bien élevée quand même afin que je devienne quelqu’un de bien).

« j’ai fortement envi de connaître la personne fort sympathique qui se trouve sur ta photo 😉 Hihi »

« Hihi », celui là se prend pour un petit comique mais on n’a manifestement pas la même notion de l’humour car pour l’instant je me marre pas trop (pour pas dire pas du tout… l’honnêteté c’est bien mais le mensonge par omission a parfois du bon).

Suite à cette blague des plus hilarantes, ce clown en puissance abat sa dernière carte… j’ai nommé le culot. Conscient que ses chances d’approcher mon lit son proches de zéro il tente (en vain) de me convaincre de retenir sa candidature sans examiner les autres… c’est très très mal me connaitre : je tiens mon job de recruteuse de bouffons très à cœur.

  • L’homme aux grands mots (maux ?) :

« Bonjour. Comment vas-tu auj ?

Je suis au travail. L’activité est au ralentie en raison de la période estivale et du marasme économique. Je m’ennuie un peu J. Il me tarde de m’installer notaire individuel dans la région ces prochains mois. Quelle profession exerces tu ? es tu étudiante ? »

Celui-ci semble vouloir tout donner dans la formulation de ses phrases et si je me complains de la maitrise approximative de la langue français d’un grand nombre de personnes sur ce site je n’étais pas préparée à échanger avec le descendant de Marcel Proust…

Chez cet homme on ne parle pas d’été mais « de période estivale » et comme il est coutume de faire lorsqu’on ne connait ni d’Eve ni d’Adam la personne à laquelle on parle, on en vient à évoquer le « marasme économique »… Non ? Pas vous ? C’est pourtant un sujet très fédérateur à mon sens…

Il serait dommage de clôturer ce message sans bien faire comprendre à sa prétendante que l’on occupe une position enviable : « notaire » (la femme est vénale ne l’oublions pas, il serait stupide de ne pas miser sur ce défaut).

Est-il possible de mourir d’ennui en lisant à peine quatre lignes ? Est-ce que l’autosuffisance peut transpirer à travers si peu de mots ? Berk ça pue l’orgueil par ici !

Affaire à (ne pas) suivre ?…

Fantômette

Ceci n’est pas un conte de fées…

Il était une fois, un monde où la notion de choix n’avait pas de sens. Elle ne représentait rien. Rien de concret ni d’abstrait.

A aucun moment de leur vie fade et monotone, les habitants de ce monde n’avaient de choix à faire. Leur parcours était prédéterminé dès leur naissance. Dans ce monde, il existait trois types d’êtres humains : les individus mâles, les individus femelles, et les apprenants.

Les apprenants étaient des individus mâles et femelles en devenir, qui attendaient la puberté pour être catégorisés. Durant les quelques années précédant leur arrivée à maturation (stade marqué par l’apparition des premières règles chez les individus femelles et par la mue de la voix chez les individus mâles) leur éducation différait déjà en fonction de leur sexe.

Dans cette société, il n’y avait pas de place pour l’improvisation,  le futile, l’ornement.

Une liste de professions nécessaires et suffisantes au bon fonctionnement de ce monde avait été dressée. Chaque profession s’était vue adresser un genre. Ainsi, on trouvait deux types de professions : celles réservées aux individus mâles qui nécessitaient une certaine force physique, ou un accès relatif à la connaissance et celles réservées aux individus femelles qui consistaient pour la plupart en la tenue et l’entretien d’une maisonnée, la garde de jeunes apprenants, l’élevage de sa portée ou pour de rares privilégiées, en la vente de denrées communes telles que le pain.

Les individus femelles étaient encouragés à rester cloitrés chez eux dans la mesure du possible. Elles n’étaient autorisées à s’absenter que durant la journée, lorsque les individus mâles étaient trop occupés à travailler pour les remarquer. Ces sorties n’étaient jamais, ou plutôt ne devaient jamais être effectuées dans le seul but d’accéder à une forme d’épanouissement personnel. Elles intervenaient peu fréquemment, lorsque le besoin  se faisait sentir d’effectuer quelques achats pour nourrir l’ensemble du ménage.

Les contacts entre les individus mâles et femelles étaient extrêmement limités.

L’individu femelle effrayait en raison de l’effet que pouvait avoir la vue de son corps sur l’individu mâle.

Le cloisonnement des individus évitait des débordements superflus et tout le monde en était satisfait.

Les individus femelles avaient bien conscience qu’ils portaient en eux le mal, et faisaient tout leur possible pour se dissimuler du regard des individus mâles.

Leur peau devenait presque transparente à force de rester reclus, de dissimuler leurs courbes sous les vêtements. Ils devenaient des êtres faibles à force d’inactivité, à force de s’entendre dire qu’ils l’étaient. Les individus femelles, outre leurs quelques activités annexes, avaient un grand dessein à accomplir au cours de leur existence. Il s’agissait d’enfanter, autant de fois que possible, autant d’apprenants que possible. Il était bien plus apprécié d’enfanter des apprenants mâles. Eux seuls avaient de la valeur. Certaines éprouvaient des difficultés à concevoir la vie, ou peut-être était-ce en réalité leur partenaire qui en avait. Personne ne cherchait à savoir, à comprendre, à compatir.

L’individu femelle était alors rapidement répudié. Personne ne voudrait plus d’elle. Les individus mâles ne s’encombraient pas de ce type de fardeau incapable d’accomplir son devoir.

Alors, ces femelles se retrouvaient rapidement seules, sans toit, sans argent, à errer dans les rues, rasant les murs pour se dérober du regard des autres. Quand elles croisaient le chemin d’un individu mâle elles recevaient parfois quelques injures lancées comme on jette une grenade dégoupillée, certaines fois c’étaient des pierres.

Dans ce monde où tout contact entre les deux sexes était prohibé, l’union de deux individus était rendue possible par la publication deux fois par an d’un catalogue présentant les jeunes individus femelles à marier.

Ces derniers y étaient inscrits dès qu’ils quittaient le statut d’apprenant.

Sur ce catalogue étaient fournies les informations nécessaires aux individus mâles pour choisir celle qui porterait leurs petits apprenants.

On y trouvait la date de naissance, la ville de résidence et les qualités de chacune.

Etre inscrit sur ce catalogue était un facteur de stress important. En effet, si suite à la quatrième publication de son nom une prétendante n’avait pas convolé en noces, il était alors trop tard pour elle d’épouser l’espoir de fonder une famille. Elle était alors rejetée par ses parents comme on chasse une souris qui menace de s’attaquer au garde-manger.

Elisya fut inscrite sur le catalogue à l’âge de 14 ans. Elle n’en avait pas 15 lorsqu’un individu mâle de 50 ans se présenta à ses parents pour l’acheter. Ses 5 autres épouses se faisaient trop vieilles pour enfanter.

Elisya ne voulait pas de lui, elle ne voulait pas se marier.

Elle eut l’audace de le dire à ses parents. Son initiative n’eut pas l’effet escompté.

Elle fut giflée si violemment que l’arrière de son crâne heurta le sol lorsqu’elle s’effondra.

Cette nuit-là, elle partagea son temps entre ses sanglots et sa haine envers ses géniteurs, envers ce monde si injuste où elle n’avait pas sa place.

Le lendemain, sa décision était prise, elle allait fuir, fuir ce monde, ce mariage, même si cela impliquait de vivre dans la rue, de subir les agressions perpétuelles des passants. Elle s’en moquait, elle allait partir.

Elle referma la porte derrière elle, il faisait chaud malgré l’heure matinale. Des vagues de bonheur s’abattirent sur elle. Elle tremblait.

Pour la première fois elle se sentait libre, libre de ses mouvements, libre de penser, libre de décider de sa vie. Elle tremblait encore.

Elle avançait d’un pas hésitant dans cette ville, ces rues qu’elle connaissait si peu.

Alors qu’elle commençait tout juste à s’accoutumer à cette toute nouvelle liberté, elle entendit au loin des sirènes qui rapidement se rapprochèrent. Ils l’avaient retrouvée.

Elle fut mariée le jour même.

Cette nuit-là, son mari lui arracha sa vertu.

Elisya s’était comme détachée de son propre corps. Elle voyait son mari, cet individu dégoutant se frayer un passage dans son intimité. Elle observa le sang qui s’écoulait d’elle, ses bras douloureux emplis de griffures.

Des touffes de cheveux jonchaient les draps.

Elisya n’était plus que douleur. Pourtant, sa plus grande souffrance n’avait rien à voir avec les bleus qui bientôt viendraient tacheter son corps.

Son mari dormait à ses côtés, il paraissait satisfait. Quand elle eut la certitude qu’il ne risquait pas de se réveiller, Elisya se leva et, pour la deuxième fois de la journée, elle quitta une maison en silence.

Elle erra des jours durant dans des rues inhospitalières puis, une rencontre en amenant une autre, elle fit la connaissance de jeunes femmes qui, comme elle, avaient fui, comme elle, s’étaient révoltées.

Elles se retrouvaient souvent le soir et échafaudaient des plans pour mettre fin à ce diktat des individus mâles.

L’histoire ne nous dit pas si elles accomplirent leur dessein. Une chose est sûre, il est un monde que nous connaissons bien, où pour certaines femmes la vie n’est pas si différente de celle que je viens de décrire.

Espérons que dans mon monde imaginaire, leur sort se soit arrangé. Espérons que dans le nôtre, ce ne soit qu’une question de temps.

Fantômette

——–

Cet article a été rédigé dans le cadre de l’atelier d’écriture des jolies plumes animé par Fabienne et Célie.

Chaque moi, un nouveau sujet est proposé aux blogueurs intéressés. Ce mois-ci le thème était celui du conte, avec comme seule consigne de débuter notre texte par « il était une fois ».

Si toi aussi tu souhaites nous rejoindre au sein de cet atelier tu peux contacter Fabienne et Célie par mail : latelierdesjoliesplumes@gmail.com.

——–